Guide et glossaire des bijoux anciens : reconnaître les styles et époques
Comprendre les bijoux anciens, c’est apprendre à lire entre les lignes de l’or et des pierres. Chaque époque a sculpté ses rêves et ses symboles dans la matière. Pour vous aider à reconnaître les styles, voici un voyage grâce à ce guide et glossaire des bijoux anciens à travers les époques qui ont façonné l’élégance européenne.

1. Fin du XVIIIème siècle : l’éclat de la Cour (Louis XVI & Marie-Antoinette)
Sous l’influence de Marie-Antoinette, la joaillerie quitte la rigidité baroque pour une féminité naturelle et champêtre. C’est l’ère du sentiment et de la légèreté apparente, malgré la richesse colossale des pièces.


L’Esthétique : Le style naturaliste.
On s’inspire de la nature apprivoisée du Petit Trianon. Les motifs phares sont les guirlandes, les rubans noués, les draperies et les feuilles, les fleurs.
Le Savoir-faire :
Les montures sont en argent pour porter les diamants (afin de ne pas jaunir leur éclat) et en or pour le revers.
Les Pierres :
Le diamant règne en maître, taillé en « rose » ou en « taille ancienne » (plus haute et asymétrique que nos tailles modernes), ce qui leur donne une brillance douce et mystérieuse à la lueur des bougies. Les perles fines sont aussi omniprésentes, tout en restant l’apanage des royautés.
Clé de lecture : Le célèbre « Collier de la Reine » (reconstitué) incarne l’apogée de cette démesure de draperies et de festons de diamants.


2. Les bijoux du Premier Empire : l’éclat au service du pouvoir
Napoléon Ier et l’impératrice Joséphine partageaient une passion commune pour la joaillerie, perçue d’abord comme un instrument de légitimation politique, puis comme un vecteur d’expression sentimentale.
Le prestige de l’Antique pour asseoir l’autorité


Couronne aux camées dite « de Charlemagne », musée du Louvres.
Collier intailles, collection Chaumet
Portrait de l’impératrice Joséphine par Jean-Baptiste Jacques Augustin, début du XIXe siècle.©Nils Herrmann/Chaumet
Tout au long de son règne, Napoléon puise dans le répertoire héroïque de l’Antiquité pour affirmer sa souveraineté. Ce choix n’a rien d’un hasard : lors de son couronnement et sur ses portraits officiels, l’Empereur arbore une couronne de lauriers et en commande une similaire pour Joséphine. Il va jusqu’à transformer la couronne dite de Charlemagne en y intégrant des camées — ces pierres gravées si chères aux Grecs et aux Romains. Pour diffuser cette esthétique impériale, il offre également de somptueuses parures de camées et d’intailles aux femmes de son entourage.
Aigles, oliviers, lauriers, émaux bleus et ors : chaque élément du vocabulaire impérial devient un outil de communication. Les parures officielles, imposantes et structurées, adoptent un style presque architectural rappelant les temples antiques. Ruisselantes de diamants et de gemmes massives, elles sont l’incarnation même de la puissance.

Parure de Marie-Louise en micro-mosaïques, 1810, François-Régnault Nitot et Pierre-Antoine Chanat, musée du Louvre.

Collier de la reine Hortense, dit « chaîne gothique », par J. P. Pitaux, musée de la Malmaison.
De l’apparat à l’intimité : le bijou sentimental

En marge de cette représentation publique, un style plus personnel et romantique émerge. Le bijou devient alors le témoin secret des affections : une bague de fiançailles ornée d’un rubis pour la passion, ou des bracelets « acrostiches » où la première lettre de chaque pierre précieuse compose un message caché.
exemple : Améthyste, Malachite, Opale, Uvarovite, Rubis pour « Amour ».
A gauche : Portrait de Joséphine de Beauharnais impératrice des Français en costume impérial (détail) · par le baron François Pascal Simon Gérard, musée de la Malmaison.
Bracelets acrostiches de l’impératrice Joséphine, collection Chaumet
Le retour du naturalisme et de la couleur
Peu à peu, la nature et la fantaisie reprennent leurs droits. L’émail apporte une touche plus colorée, presque médiévale, tandis que les motifs végétaux gagnent en popularité. Qu’il s’agisse d’un diadème aux épis de blé ou d’une fleur d’émeraude, ces pièces témoignent d’un intérêt grandissant pour le naturalisme, annonçant une nouvelle ère de la joaillerie.
à droite : Marie-Louise, impératrice des Français et le roi de Rome, baron François Gérard, 1812, musée national du château de Versailles.
Diadème transformable en broches et ornements de cheveux, dit diadème Leuchtenberg, Jean-Baptiste Fossin, collection Chaumet
Diadème Epis de Blé de François-Regnault Nitot, collection Chaumet

Ce guide et glossaire des bijoux anciens sera complété dans les semaines à venir avec les époques suivantes : Restauration, Napoléon III, Belle Epoque, Art Nouveau, Art Déco, années 1940, années 1950, années 1960 et 1970.
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Par ailleurs, vous pouvez d’ores et déjà consulté certaines de nos chroniques qui traitent de manière non exhaustive de certaines périodes :
