Guide et glossaire des bijoux anciens : reconnaître les styles et époques

Guide et glossaire des bijoux anciens : reconnaître les styles et époques

Comprendre les bijoux anciens, c’est apprendre à lire entre les lignes de l’or et des pierres. Chaque époque a sculpté ses rêves et ses symboles dans la matière. Pour vous aider à reconnaître les styles, voici un voyage grâce à ce guide et glossaire des bijoux anciens à travers les époques qui ont façonné l’élégance européenne.

Guide et glossaire des bijoux anciens : reconnaître les styles et époques

1. Fin du XVIIIème siècle : l’éclat de la Cour (Louis XVI & Marie-Antoinette)

Sous l’influence de Marie-Antoinette, la joaillerie quitte la rigidité baroque pour une féminité naturelle et champêtre. C’est l’ère du sentiment et de la légèreté apparente, malgré la richesse colossale des pièces.

Les bijoux de Marie-Antoinette
@christie’s
Les bijoux de Marie-Antoinette
@sotheby’s

L’Esthétique : Le style naturaliste.

On s’inspire de la nature apprivoisée du Petit Trianon. Les motifs phares sont les guirlandes, les rubans noués, les draperies et les feuilles, les fleurs.

Le Savoir-faire :

Les montures sont en argent pour porter les diamants (afin de ne pas jaunir leur éclat) et en or pour le revers.

Les Pierres :

Le diamant règne en maître, taillé en « rose » ou en « taille ancienne » (plus haute et asymétrique que nos tailles modernes), ce qui leur donne une brillance douce et mystérieuse à la lueur des bougies. Les perles fines sont aussi omniprésentes, tout en restant l’apanage des royautés.

Clé de lecture : Le célèbre « Collier de la Reine » (reconstitué) incarne l’apogée de cette démesure de draperies et de festons de diamants.

bijoux de Marie-Antoinette
Le collier de la Reine Marie-Antoinette
Le « collier de la Reine »

2. Les bijoux du Premier Empire : l’éclat au service du pouvoir

Napoléon Ier et l’impératrice Joséphine partageaient une passion commune pour la joaillerie, perçue d’abord comme un instrument de légitimation politique, puis comme un vecteur d’expression sentimentale.

Le prestige de l’Antique pour asseoir l’autorité

Les bijoux du Premier Empire
L’Impératrice Joséphine par Henri François Riesener, 1806, musée de la Malmaison.
Les bijoux du Premier Empire
Napoléon 1er en tenue de sacre par François Gérard, musée de l’Histoire de France, Versailles.
Couronne aux camées dite « de Charlemagne », musée du Louvres.
Collier intailles, collection Chaumet
Portrait de l’impératrice Joséphine par Jean-Baptiste Jacques Augustin, début du XIXe siècle.©Nils Herrmann/Chaumet

Tout au long de son règne, Napoléon puise dans le répertoire héroïque de l’Antiquité pour affirmer sa souveraineté. Ce choix n’a rien d’un hasard : lors de son couronnement et sur ses portraits officiels, l’Empereur arbore une couronne de lauriers et en commande une similaire pour Joséphine. Il va jusqu’à transformer la couronne dite de Charlemagne en y intégrant des camées — ces pierres gravées si chères aux Grecs et aux Romains. Pour diffuser cette esthétique impériale, il offre également de somptueuses parures de camées et d’intailles aux femmes de son entourage.

Aigles, oliviers, lauriers, émaux bleus et ors : chaque élément du vocabulaire impérial devient un outil de communication. Les parures officielles, imposantes et structurées, adoptent un style presque architectural rappelant les temples antiques. Ruisselantes de diamants et de gemmes massives, elles sont l’incarnation même de la puissance.

Les bijoux du Premier Empire
Reconstitution de la couronne de lauriers de l’impératrice Joséphine, collection Chaumet
Parure de Marie-Louise en micro-mosaïques, 1810, François-Régnault Nitot et Pierre-Antoine Chanat, musée du Louvre.
Les bijoux du Premier Empire
Bracelet souvenir de la Princesse Mathilde, @Osenat
Collier de la reine Hortense, dit « chaîne gothique », par J. P. Pitaux, musée de la Malmaison.

De l’apparat à l’intimité : le bijou sentimental

Les bijoux du Premier Empire

En marge de cette représentation publique, un style plus personnel et romantique émerge. Le bijou devient alors le témoin secret des affections : une bague de fiançailles ornée d’un rubis pour la passion, ou des bracelets « acrostiches » où la première lettre de chaque pierre précieuse compose un message caché.

exemple : Améthyste, Malachite, Opale, Uvarovite, Rubis pour « Amour ».

A gauche : Portrait de Joséphine de Beauharnais impératrice des Français en costume impérial (détail) · par le baron François Pascal Simon Gérard, musée de la Malmaison.

Bracelets acrostiches de l’impératrice Joséphine, collection Chaumet

Le retour du naturalisme et de la couleur

Peu à peu, la nature et la fantaisie reprennent leurs droits. L’émail apporte une touche plus colorée, presque médiévale, tandis que les motifs végétaux gagnent en popularité. Qu’il s’agisse d’un diadème aux épis de blé ou d’une fleur d’émeraude, ces pièces témoignent d’un intérêt grandissant pour le naturalisme, annonçant une nouvelle ère de la joaillerie.

à droite : Marie-Louise, impératrice des Français et le roi de Rome, baron François Gérard, 1812, musée national du château de Versailles.

Diadème transformable en broches et ornements de cheveux, dit diadème Leuchtenberg, Jean-Baptiste Fossin, collection Chaumet

Diadème Epis de Blé de François-Regnault Nitot, collection Chaumet

Les bijoux du Premier Empire

Ce guide et glossaire des bijoux anciens sera complété dans les semaines à venir avec les époques suivantes : Restauration, Napoléon III, Belle Epoque, Art Nouveau, Art Déco, années 1940, années 1950, années 1960 et 1970.

Si vous ne souhaitez pas manquer les nouvelles publications, n’hésitez pas à vous inscrire à notre newsletter, nous vous annoncerons les nouvelles publications.

Par ailleurs, vous pouvez d’ores et déjà consulté certaines de nos chroniques qui traitent de manière non exhaustive de certaines périodes :

Publications similaires

  • La vinaigrette ou les secrets parfumés… de la joaillerie.

    La vinaigrette naît à la Renaissance, lorsque les orfèvres miniaturisent le pomander. Elle est conçue pour répondre à un besoin pratique au XVIIIᵉ siècle : face aux évanouissements des dames causés par les corsets serrés, il fallait une senteur vive. Compacte, elle renferme une éponge imbibée de vinaigre aromatique (souvent à la lavande). Un couvercle finement perforé diffuse le parfum, permettant à la personne d’ouvrir le bijou, de respirer, et de reprendre ses esprits. Rapidement, la fonctionnalité se double d’esthétique, avec des artisans ciselant l’or, l’argent ou le vermeil pour créer des formes variées : coffrets, bagues, bracelets ou breloques de châtelaine.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « La vinaigrette ou les secrets parfumés… de la joaillerie. » ACDLR, publié le 9 juin 2025. Disponible sur : https://acdlr.fr/la-vinaigrette-secret-parfume-de-la-joaillerie/

  • L’épopée du camée : de l’Antiquité à nos jours

    Véritable joyau de l’art sculptural, le camée est un bijou dont l’histoire traverse les millénaires. Né durant la période hellénistique (IIIe siècle av. J.-C.), il a connu son apogée sous l’Empire romain, où il symbolisait le pouvoir et la richesse des élites. Contrairement à l’intaille, le camée se distingue par son relief saisissant, sculpté dans des pierres ou des coquillages (comme le casque de Neptune) à couches de couleurs contrastées. Après avoir orné la couronne de sacre de Napoléon Ier et fasciné la Reine Victoria, le camée a fait un retour en grâce à travers les siècles. Plus qu’un simple accessoire, il est un témoin de civilisations disparues et une invitation à un voyage dans l’histoire de l’art.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « L’épopée du camée : de l’Antiquité à nos jours » ACDLR, publié le 9 juillet 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/camee-de-lantiquite-a-nos-jours/

  • |

    Les bijoux Napoléon III : un reflet de l’éclectisme et du faste (1850-1890)

    La seconde moitié du XIXe siècle, et en particulier le Second Empire (1852-1870), est une période d’effervescence culturelle et artistique. Les bijoux Napoléon III reflètent cet esprit, caractérisé par un éclectisme prononcé, un goût pour le faste et une inspiration puisée dans les styles du passé (Renaissance, Antiquité). Sous l’influence déterminante de l’impératrice Eugénie, l’or jaune, les perles fines et les diamants s’imposent, créant des parures somptueuses, des broches naturalistes et des bijoux sentimentaux.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « Les bijoux Napoléon III : un reflet de l’éclectisme et du faste (1850-1890) » ACDLR, publié le 20 janvier 2025. Disponible sur : https://acdlr.fr/bijoux-napoleon-iii/

  • |

    Bijoux Art Déco : 100 ans d’une élégance géométrique qui a façonné la joaillerie moderne

    L’Essentiel du Style Art Déco en Joaillerie (1920-1935)

    L’Art Déco définit la joaillerie moderne par sa rigueur géométrique et son éclat architectural. Ce style, porté par des maisons comme Cartier ou Van Cleef & Arpels, repose sur cinq piliers :
    Lignes géométriques : Priorité à la symétrie, aux angles droits et aux tailles de diamants « baguette » ou « émeraude ».
    Contrastes forts : Mariage iconique du noir (onyx, émail) et du blanc (platine, diamant).
    Platine : Utilisation de ce métal rare pour des montures d’une finesse et d’une solidité inégalées.
    Influences lointaines : Motifs inspirés de l’Égypte ancienne, de l’Inde (Tutti Frutti) et de l’Orient.
    Modernité éternelle : Un design qui reste, un siècle plus tard, la référence absolue pour les bagues de fiançailles de caractère.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « Bijoux Art Déco : 100 ans d’une élégance géométrique qui a façonné la joaillerie moderne » ACDLR, publié le 24 octobre 2025. Disponible sur : https://acdlr.fr/bijoux-art-deco-lelegance-geometrique-et-eclat-moderne/

  • Bijoux Renaissance vs Néo-Renaissance : vrai / faux?

    La Renaissance, période d’épanouissement artistique et culturel, a laissé derrière elle un héritage précieux en joaillerie. Cependant, la rareté des pièces authentiques et l’engouement du XIXe siècle pour ce style ont donné naissance à de nombreuses imitations. Comment alors différencier les bijoux Renaissance originaux de leur copie ? Les pièces Renaissance se caractérisent par un symbolisme profond et des formes naturelles plus souples et irrégulières, tandis que les bijoux Néo-Renaissance, souvent produits en série, révèlent des traces de moulage, un sertissage plus soigné, et un style général plus stylisé et géométrique.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « Bijoux Renaissance vs Néo-Renaissance : vrai / faux? » ACDLR, publié le 24 septembre 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/bijoux-renaissance-neorenaissance/

  • |

    Les perles fines : un trésor de la nature

    Jusqu’au début du XXe siècle, les perles évoquaient uniquement des trésors naturels, rares et précieux : les perles fines. Aujourd’hui, les perles de culture sont venues bouleverser ce mythe. Quelle est la différence entre ces deux types de perles, et que symbolisent-elles réellement ? De l’ornement des rois d’autrefois aux bijoux des icônes modernes, les perles ont toujours fasciné par leur élégance intemporelle.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « Les perles fines : un trésor de la nature » ACDLR, publié le 12 septembre 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/perles-fines/