L’épopée du camée : de l’Antiquité à nos jours

Depuis la nuit des temps, le camée fascine et attire les regards. Son histoire, riche et mouvementée, remonte aux confins de l’Antiquité, où il s’est imposé comme un bijou raffiné et un symbole empreint de sens.

diadème camée
Broche camée ange Gabriel

Des origines mystérieuses

Les origines exactes du camée se perdent dans les méandres de l’histoire. Les premières traces de ces bijoux sculptés remontent à la période hellénistique, vers le IIIe siècle avant J.-C.

Leur berceau demeure également un mystère, des indices suggèrent que les cours orientales, telles qu’Alexandrie, pourraient avoir joué un rôle déterminant dans leur essor.

Pierre romaine. Date inconnue. Conservée au musée du Louvre.

Apogée sous l’Empire romain

Sous l’Empire romain, les camées connurent leur âge d’or, notamment durant les règnes des dynasties Julio-Claudienne (de -27 à 68) et Sévère (de 193 à 235).

Portés par les élites et les souverains, ces joyaux délicats incarnaient le pouvoir, la richesse et le raffinement. Les empereurs romains, tels qu’Auguste et Néron, étaient de fervents collectionneurs, contribuant ainsi à l’essor de cet art.

Une technique millénaire

Contrairement à l’intaille, qui présente un motif creusé, le camée se distingue par son relief saisissant. Réalisé à partir de pierres ou de coquillages présentant des couches de couleurs naturelles contrastées, cette technique dévoile un motif en relief sur un fond d’une teinte différente, créant ainsi un effet visuel saisissant. Certaines pièces exceptionnelles révèlent même trois couches distinctes, offrant une complexité et une profondeur

Les pierres les plus prisées pour la confection des camées sont l’agate, l’onyx, la sardonyx et la cornaline, appréciées pour leurs nuances riches et leurs contrastes saisissants. Quant aux coquillages, le casque de Neptune, avec ses motifs tourbillonnants et ses couleurs uniques, est particulièrement convoité.

Agate
Cornaline
Coquillage, casque de Neptune

Une histoire mouvementée

L’histoire du camée est riche en rebondissements. Durant l’Antiquité, certains en verre étaient également fabriqués par moulage. Au Moyen Âge, la technique du « commesso », qui consiste à assembler des fragments de différentes pierres de couleur, s’est développée et perdurera jusqu’à la Renaissance. C’est d’ailleurs de ce mot « commesso » que dérive le terme « camée », apparu relativement tardivement par rapport à la technique elle-même, qui existe depuis des siècles. Ce mot polysémique désigne à la fois le motif sculpté dans la pierre, la pierre elle-même et l’objet final.

Evolution

Au-delà de ces techniques de fabrication, il est important de souligner l’évolution du style à travers les époques. Si l’Antiquité affectionnait les représentations réalistes de divinités, de personnages historiques ou de scènes mythologiques. Le Moyen Âge, lui au contraire, privilégiait les sujets religieux et symboliques. Quant à la Renaissance, elle s’inspirait de l’art antique et des portraits réalistes.

Ex de bijou de la Renaissance, centré d’un camée figurant la Reine Elisabeth 1ere. Vers 1615-1625. Conservé au V&A Museum. https://collections.vam.ac.uk/item/O33890/the-barbor-jewel-pendant-unknown/
Fortunato Pio Castellani, bracelet avec camée figurant un soldat casqué. Entre 1860 et 1869. Conservé au Walters Art Museum de Baltimore (USA). https://art.thewalters.org/detail/32824/bracelet-with-classical-warrior/

Le renouveau néoclassique

La période néoclassique remit au goût du jour les camées avec des motifs d’inspiration gréco-romaine, souvent d’une grande finesse. On peut même dire qu’elle réinventa véritablement l’art de les porter. Ainsi plusieurs grands joailliers de l’époque sont connus pour leurs réinterprétations de l’art antique. S’il ne fallait en citer qu’un, nous mentionnerions le nom du bijoutier, marchand et orfèvre italien Fortunato Pio Castellani (1794-1865).

Les ornements avec camées connurent un grand succès tout au long du XIXème siècle, dans toutes les cours européennes. Napoléon fit sertir pas moins d’une dizaine de camées sur sa couronne de sacre. Il fonda même une école spéciale et ⁠en 1805, institua un prix de Rome pour les graveurs en pierres dures, semblable à aux prix de peinture, sculpture ou architecture. Quant à la reine Victoria, elle en faisait collection.

 Couronne aux camées, dite « couronne de Charlemagne », réalisée en 1804 pour le sacre de Napoléon 1er. Conservée au Louvre. © 2023 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle.

Au XXème siècle, après une période d’oubli, cette délicate sculpture revint à la mode. Certaines personnalités le porte ostensiblement. C’est le cas par exemple de Rihanna, qui va même en 2019 créer une collection de joaillerie à partir de camées.

Utilisation

Prisés pour leur beauté et leur raffinement, les camées ornaient aussi bien les bijoux que les objets précieux. Colliers, bracelets, bagues, pendentifs… ces pierres étaient serties sur tous types de montures, rehaussant ainsi le prestige de leur propriétaire. On les trouvait également sur des objets décoratifs tels que des vases, des coffrets, des miroirs ou encore des meubles, leur conférant une touche d’élégance et de distinction.

Véritables joyaux de l’art sculptural, les camées traversent les âges avec une grâce intemporelle. Témoins de civilisations disparues et symboles de raffinement, ils continuent de fasciner et d’inspirer les créateurs du monde entier. Plus qu’un simple accessoire, lcette pierre est une invitation à un voyage à travers l’histoire et les cultures, un voyage qui célèbre la beauté et la créativité de l’esprit humain.

Bibliographie : Pierres gravées – Camées, intailles et bagues de la collection Guy Ladrière de Philippe Malgouyres, 2022.

Sources : Musée Massena, ville de Nice; Victoria & Albert Museum, Londres; Musée du Louvre, Paris.

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