Guide et glossaire des bijoux anciens : reconnaître les styles et époques

Guide et glossaire des bijoux anciens : reconnaître les styles et époques

Comprendre les bijoux anciens, c’est apprendre à lire entre les lignes de l’or et des pierres. Chaque époque a sculpté ses rêves et ses symboles dans la matière. Pour vous aider à reconnaître les styles, voici un voyage grâce à ce guide et glossaire des bijoux anciens à travers les époques qui ont façonné l’élégance européenne.

Guide et glossaire des bijoux anciens : reconnaître les styles et époques

1. Fin du XVIIIème siècle : l’éclat de la Cour (Louis XVI & Marie-Antoinette)

Sous l’influence de Marie-Antoinette, la joaillerie quitte la rigidité baroque pour une féminité naturelle et champêtre. C’est l’ère du sentiment et de la légèreté apparente, malgré la richesse colossale des pièces.

Les bijoux de Marie-Antoinette
@christie’s
Les bijoux de Marie-Antoinette
@sotheby’s

L’Esthétique : Le style naturaliste.

On s’inspire de la nature apprivoisée du Petit Trianon. Les motifs phares sont les guirlandes, les rubans noués, les draperies et les feuilles, les fleurs.

Le Savoir-faire :

Les montures sont en argent pour porter les diamants (afin de ne pas jaunir leur éclat) et en or pour le revers.

Les Pierres :

Le diamant règne en maître, taillé en « rose » ou en « taille ancienne » (plus haute et asymétrique que nos tailles modernes), ce qui leur donne une brillance douce et mystérieuse à la lueur des bougies. Les perles fines sont aussi omniprésentes, tout en restant l’apanage des royautés.

Clé de lecture : Le célèbre « Collier de la Reine » (reconstitué) incarne l’apogée de cette démesure de draperies et de festons de diamants.

bijoux de Marie-Antoinette
Le collier de la Reine Marie-Antoinette
Le « collier de la Reine »

2. Les bijoux du Premier Empire : l’éclat au service du pouvoir

Napoléon Ier et l’impératrice Joséphine partageaient une passion commune pour la joaillerie, perçue d’abord comme un instrument de légitimation politique, puis comme un vecteur d’expression sentimentale.

Le prestige de l’Antique pour asseoir l’autorité

Les bijoux du Premier Empire
L’Impératrice Joséphine par Henri François Riesener, 1806, musée de la Malmaison.
Les bijoux du Premier Empire
Napoléon 1er en tenue de sacre par François Gérard, musée de l’Histoire de France, Versailles.
Couronne aux camées dite « de Charlemagne », musée du Louvres.
Collier intailles, collection Chaumet
Portrait de l’impératrice Joséphine par Jean-Baptiste Jacques Augustin, début du XIXe siècle.©Nils Herrmann/Chaumet

Tout au long de son règne, Napoléon puise dans le répertoire héroïque de l’Antiquité pour affirmer sa souveraineté. Ce choix n’a rien d’un hasard : lors de son couronnement et sur ses portraits officiels, l’Empereur arbore une couronne de lauriers et en commande une similaire pour Joséphine. Il va jusqu’à transformer la couronne dite de Charlemagne en y intégrant des camées — ces pierres gravées si chères aux Grecs et aux Romains. Pour diffuser cette esthétique impériale, il offre également de somptueuses parures de camées et d’intailles aux femmes de son entourage.

Aigles, oliviers, lauriers, émaux bleus et ors : chaque élément du vocabulaire impérial devient un outil de communication. Les parures officielles, imposantes et structurées, adoptent un style presque architectural rappelant les temples antiques. Ruisselantes de diamants et de gemmes massives, elles sont l’incarnation même de la puissance.

Les bijoux du Premier Empire
Reconstitution de la couronne de lauriers de l’impératrice Joséphine, collection Chaumet
Parure de Marie-Louise en micro-mosaïques, 1810, François-Régnault Nitot et Pierre-Antoine Chanat, musée du Louvre.
Les bijoux du Premier Empire
Bracelet souvenir de la Princesse Mathilde, @Osenat
Collier de la reine Hortense, dit « chaîne gothique », par J. P. Pitaux, musée de la Malmaison.

De l’apparat à l’intimité : le bijou sentimental

Les bijoux du Premier Empire

En marge de cette représentation publique, un style plus personnel et romantique émerge. Le bijou devient alors le témoin secret des affections : une bague de fiançailles ornée d’un rubis pour la passion, ou des bracelets « acrostiches » où la première lettre de chaque pierre précieuse compose un message caché.

exemple : Améthyste, Malachite, Opale, Uvarovite, Rubis pour « Amour ».

A gauche : Portrait de Joséphine de Beauharnais impératrice des Français en costume impérial (détail) · par le baron François Pascal Simon Gérard, musée de la Malmaison.

Bracelets acrostiches de l’impératrice Joséphine, collection Chaumet

Le retour du naturalisme et de la couleur

Peu à peu, la nature et la fantaisie reprennent leurs droits. L’émail apporte une touche plus colorée, presque médiévale, tandis que les motifs végétaux gagnent en popularité. Qu’il s’agisse d’un diadème aux épis de blé ou d’une fleur d’émeraude, ces pièces témoignent d’un intérêt grandissant pour le naturalisme, annonçant une nouvelle ère de la joaillerie.

à droite : Marie-Louise, impératrice des Français et le roi de Rome, baron François Gérard, 1812, musée national du château de Versailles.

Diadème transformable en broches et ornements de cheveux, dit diadème Leuchtenberg, Jean-Baptiste Fossin, collection Chaumet

Diadème Epis de Blé de François-Regnault Nitot, collection Chaumet

Les bijoux du Premier Empire

3. La Restauration et Louis-Philippe : Entre Romantisme, Nature et Sentiment (1815-1848)

Après la rigueur et la grandeur martiale de l’Empire, le bijou retrouve une liberté de mouvement et une poésie mélancolique. C’est l’ère du bijou « de cœur » plus que du bijou d’apparat.

La Restauration et Louis-Philippe : Entre Romantisme, Nature et Sentiment (1815-1848)
La Restauration et Louis-Philippe : Entre Romantisme, Nature et Sentiment (1815-1848)

L’orfèvrerie de la Pénurie (La Cannetille)

Au sortir des guerres napoléoniennes, l’or est rare et cher. Pour créer du volume avec un minimum de métal, les orfèvres développent la technique de la cannetille. Il s’agit de fins fils d’or enroulés en spirales ou en volutes, créant des bijoux légers comme de la dentelle. On l’associe souvent au travail au « repoussé » (fines feuilles d’or martelées) pour donner l’illusion de bijoux massifs alors qu’ils sont creux et aériens.

La Restauration et Louis-Philippe : Entre Romantisme, Nature et Sentiment (1815-1848)
La Restauration et Louis-Philippe : Entre Romantisme, Nature et Sentiment (1815-1848)

Le naturalisme « vibrant » et symbolique

On adore les fleurs, mais on les choisit pour leur langage caché (le langage des fleurs est très en vogue). L’aubépine (espérance), le jasmin (amabilité) et le myosotis (souvenir) sont omniprésents. La grande innovation technique est le montage en trembleuse : les têtes de fleurs sont montées sur de petits ressorts invisibles qui font scintiller les diamants ou les pierres de couleur au moindre mouvement, donnant vie au bijou.

Le Naturalisme "Vibrant" et Symbolique : la broche trembleuse

L’inspiration « style troubadour » (néogothique)

Le Romantisme littéraire (Chateaubriand, Hugo) s’empare des créateurs. Sous l’impulsion de la Duchesse de Berry, on redécouvre le Moyen Âge et la Renaissance. C’est le « Style Troubadour ». On voit apparaître des chimères, des feuilles de lierre (symbole d’attachement), des ogives et des motifs architecturaux de cathédrales. Les ferronnières (fines chaînes portées sur le front avec une pierre au centre) reviennent à la mode, inspirées des portraits de la Renaissance.

Bijoux romantiques : L'Inspiration "Style Troubadour" (Néogothique)
Bijoux romantiques : L'Inspiration "Style Troubadour" (Néogothique)
Portrait en pied de S.A.R Madame la duchesse de Berry, Huile sur toile, H.224 x 171,5 cm. – Musée de Picardie, Amiens, INV M.P.1875.71 © Irwin Leullier
Bracelet de François-Désiré Fromet-Meurice, vers 1850. ©Tajan, 2024

Les bijoux de sentiment et de deuil

Cette époque est marquée par une forte sentimentalité.

Le Fer de Berlin (Fer de Silésie) : Né en Prusse (« Je donne de l’or pour du fer » pour financer la guerre contre Napoléon), ce bijou en fonte noire, à l’aspect de dentelle gothique, devient très populaire en France comme symbole de deuil ou de mélancolie romantique.

Les Bijoux de Deuil : le Fer de Berlin
@Richard Jean-Jacques, Bijoux de deuil: en fontes de fer, où en fontes de Berlin.

Les Bijoux de Cheveux :

Véritable phénomène de société, on tisse les cheveux des êtres aimés (disparus ou lointains) pour les enchâsser dans des médaillons, des bagues ou des bracelets, souvent sous verre.

Bijoux romantiques : L'Inspiration "Style Troubadour" (Néogothique)
Bracelet
Vers 1822, or, cheveux tissés, émail.
Paris, musée des Arts décoratifs

La transition Louis-Philippe (le bijou bourgeois)

Vers 1830, le style s’embourgeoise légèrement. Les volumes deviennent un peu plus plats et les couleurs changent. Les émaux colorés réapparaissent. La mode est aux bracelets portés par paires (un à chaque poignet) et aux lourdes boucles de ceinture, soulignant la taille fine des robes de l’époque. On note aussi l’apparition du « nœud algérien » suite à la conquête de l’Algérie.

Bijoux romantiques : L'Inspiration "Style Troubadour" (Néogothique)
William Charles Ross, Louise d’Orléans (1812 – 1850) Reine des Belges, collection Royale d’Angleterre
Bijoux romantiques : L'Inspiration "Style Troubadour" (Néogothique)
Paire de bracelets vers 1840, coll. du Musée des Arts Décoratifs Paris.
Mellerio dits Meller Bracelet commandés par Marie-Amélie avec le portrait de la duchesse d’Aumale Localisation : Collection privée Photo © Christie’s Images 2018.

4. Le Second Empire : L’éclectisme et le faste de l’Impératrice (1852-1870)

Après la retenue de la période Louis-Philippe, le Second Empire marque le retour d’une France étincelante et audacieuse. Sous l’impulsion du couple impérial, Paris redevient la capitale mondiale du luxe. C’est une ère de « mélange des genres » où le passé est réinventé avec une virtuosité technique sans précédent.

L’influence d’Eugénie : Le néo-Louis XVI et la nostalgie de Versailles

L’Impératrice Eugénie voue un véritable culte à Marie-Antoinette. Ce goût personnel impose le retour du style Louis XVI-Impératrice : les nœuds de rubans (le fameux « nœud à la loupe »), les guirlandes de fleurs, les pompons et les cascades de perles fines reviennent orner les corsages. Les joailliers ne se contentent plus de copier : ils utilisent des montures en or et argent d’une finesse extrême pour laisser les pierres, et notamment le diamant (dont les mines d’Afrique du Sud commencent à être exploitées), exprimer tout leur éclat.

bijoux Napoléon III, impératrice Eugénie en Marie-Antoinette
Franz-Xaver Winterhalter (1805-1873), L’Impératrice Eugénie déguisée en Marie-Antoinette, 1854, Metropolitan Museum of Art, New-York.
bijoux Napoléon III, impératrice Eugénie
D’après Franz-Xaver Winterhalter (1805-1873), Portrait de l’impératrice Eugénie, v. 1855. Musée historique de Saint Cloud, domaine de Saint-Cloud© Pierre Coudert / Centre des monuments nationaux

L’ingéniosité : l’art du bijou à transformation

C’est le triomphe du génie technique français. Pour répondre au faste de la cour, on crée des bijoux polyvalents dits « à transformation ». Grâce à de minuscules systèmes de vis et de charnières, un grand collier de parade peut se diviser en deux bracelets ; un devant-de-corsage imposant devient une broche plus discrète, tandis qu’une étoile en diamants peut se fixer, au choix, sur un diadème, un collier ou un peigne en écaille de tortue. Le bijou devient un puzzle de haute précision

Bijoux Napoléon III à transformation
Trois exemples de bijoux Napoléon III à transformation. À gauche, une broche « en trembleuse » pouvant être portée dans la coiffure grâce à deux grandes épingles (vers 1870, ©Villefranche Enchères Riviera). Au centre, une broche sertie d’un cabochon d’émeraude et d’une perle fine, convertible en pendentif (©Audap & Associés). Enfin, un diadème dont les motifs de fleurs et de feuilles sont amovibles pour être portés séparément (©Ivoire – Couton, Jamault, Hirn).

Le bestiaire et l’astronomie : un naturalisme « exotique »

L’époque est fascinée par les découvertes lointaines et les sciences.

L’ornithologie :

on voit apparaître des bijoux d’une grande poésie représentant des oiseaux de paradis, des plumes de paon en émail, ou des colibris sertis de pierres précieuses.

Bijoux Napoléon III
Mellerio, Plume de Paon commandée par l’impératrice Eugénie. 1865-1867

Le cosmos :

La mode est aux astres. Les croissants de lune et les étoiles (souvent portées par séries dans les coiffures « à la Sissi ») deviennent des incontournables, symbolisant le rêve et l’infini.

bijoux Napoléon III, broches étoiles
Reproduction de broches étoiles à 6 branches que l’impératrice Eugénie commanda à Bapst.
Sissi étoiles cheveux. Wintehalter Elisabeth d'Autriche
Franz-Xaver Winterhalter (1805-1873), L’impératrice Elisabeth en robe de bal avec des étoiles de diamant dans les cheveux, 1865, Musée d’Histoire de l’Art, Vienne, Autriche.

Le bestiaire de « curiosité » :

sous l’influence du goût naturaliste, les insectes (abeilles, scarabées, papillons) et même les serpents, souvent émaillés ou sertis de cabochons, s’enroulent autour des poignets.

Bijoux Napoléon III collier serpent, bracelet serpent
Collier serpent, milieu du XIXème, or et émail (© Ivoire); bracelet serpent; Alexandre Gueyton, bracelet serpent, vers 1860 (© Oger – Blanchet).
bracelet Napoléon III, bracelet scarabée
Bracelet scarabée, vers 1880 (© Vichy Enchères).

Les styles de « retours » et l’archéologie

Le Second Empire est par essence éclectique. On s’enthousiasme pour :

Le style néo-Grec et étrusque :

suite aux fouilles de la collection Campana, le joaillier Castellani remet au goût du jour la technique de la granulation (minuscules billes d’or soudées) et les motifs antiques.

bijoux Napoléon III, pendants d'oreilles antiquisant
Bracelet rigide et cabochons de lapis-lazuli, Beaussant Lefèvre
Bracelet rigide et cabochons de lapis-lazuli, © Beaussant Lefèvre

à gauche : Eugène Fontenay (1824-1887), Boucles d’oreille, vers 1870
© Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

Le style néo-Renaissance :

On redécouvre l’émail peint, les figurines ciselées et les perles baroques, rappelant les œuvres des orfèvres du XVIe siècle.

Lucien Falize (1839-1897) et Germain Bapst (1853-1921), 1881, bracelet articulé en or jaune émaillé polychrome ©Farran Enchères
Lucien Falize (1839-1897) et Germain Bapst (1853-1921), 1881, bracelet articulé en or jaune émaillé polychrome ©Farran Enchères
Monture de Carlo Giuliano, en or et émail, vers 1865, Angleterre. Camée de Marie de Médicis, gravée par  Georges Bissinger. © Victoria & Albert Museum, Londres.
Monture de Carlo Giuliano, en or et émail, vers 1865, Angleterre. Camée de Marie de Médicis, gravée par Georges Bissinger. © Victoria & Albert Museum, Londres.

La transition vers la modernité : l’or noir et les matières nouvelles

Le deuil de la Reine Victoria de l’autre côté de la Manche influence la France. On porte des bijoux en jais (charbon fossilisé) ou en onyx, tandis que l’émaillage noir sur or devient une signature d’élégance sobre. Enfin, c’est à cette époque que l’on commence à expérimenter l’aluminium, alors métal de grand luxe, et les premières matières synthétiques comme la gutta-percha.

Pendentif en onyx à transformation, le diamant de la bague pouvant se porter au milieu du pendentif
Pendentif en onyx à transformation, le diamant de la bague pouvant se porter au milieu du pendentif
Médaillon de deuil, chiffré, onyx. Victoria and Albert Museum
Médaillon de deuil, chiffré, onyx. Victoria and Albert Museum

Pour approfondir vos connaissances sur les bijoux de l’époque Napoléon III, nous vous invitons à consulter notre chronique qui leur a été dédié : Les bijoux Napoléon III : un reflet de l’éclectisme et du faste (1850-1890)

5. La Belle Epoque (1890-1914) : le platine et le triomphe du « style Guirlande »

Après les fastes imposants du Second Empire, la joaillerie entre dans une ère de légèreté absolue et de sophistication technique sans précédent. C’est l’âge d’or d’une aristocratie cosmopolite qui brille lors des bals de l’Hôtel Ritz ou de l’Opéra, parée de bijoux d’une blancheur monochrome et d’une finesse presque immatérielle.

La Révolution du Platine : L’Invisibilité du Métal

Jusque-là, les diamants étaient montés sur argent doublé d’or (pour ne pas tacher les vêtements). Mais l’argent s’oxyde et impose des montures massives pour tenir les pierres. La grande révolution technique est la maîtrise de la fusion du platine. Plus dur, plus résistant et inoxydable, il permet aux joailliers de réduire le métal à l’état de « fil » ou de « lame ».

Le serti « mille-grain »

Une signature de l’époque. On crée de minuscules perles de métal sur les arêtes des sertissures pour adoucir les contours et décupler le scintillement des diamants. Le métal semble disparaître au profit d’un halo de lumière.

Exemple de serti millegrain. bague Cérulea ACDLR
Exemple de serti millegrain. bague Cérulea ACDLR
Exemple de serti millegrain. bague Cérulea ACDLR
Exemple de serti millegrain. bague Cérulea ACDLR

Le Style Guirlande : Le Néo-Louis XVI Transfiguré

Sous l’impulsion de Louis Cartier, la joaillerie puise son inspiration dans l’architecture et les arts décoratifs du XVIIIème siècle français. C’est le triomphe de la symétrie et de l’élégance classique, mais réinterprétée avec une fluidité nouvelle.

Motifs iconiques

Les nœuds de rubans (souvent d’une souplesse textile), les festons, les couronnes de laurier, les passementeries et les carquois de dentelle.

Cartier, "plaque de cou" de style guirlande, vers 1905, diamants et platine. ©Freeman’s
Cartier, « plaque de cou » de style guirlande, vers 1905, diamants et platine. ©Freeman’s
Cartier, broche de corsage nœud, diamants et platine, vers 1904, ©Christie's
Cartier, broche de corsage nœud, diamants et platine, vers 1904, ©Christie’s

La « Résille »

Les joailliers réalisent de véritables prouesses en créant des structures en platine si fines qu’elles imitent la dentelle ou le tulle, sur lesquelles les diamants semblent flotter comme des gouttes de rosée.

Diadème Belle Epoque transformable en collier, vers 1910. diamants et platine. The Illuminata Collection © L'ÉCOLE Van Cleef & Arpels, photo Picspark Co
Diadème Belle Epoque transformable en collier, vers 1910. diamants et platine. The Illuminata Collection © L’ÉCOLE Van Cleef & Arpels, photo Picspark Co
Collier de style guirlande, vers 1910, platine et diamants. ©Sotheby's
Collier de style guirlande, vers 1910, platine et diamants. ©Sotheby’s

L’Architecture de la Parure : Du Diadème au Sautoir

La silhouette de la femme 1900 impose des bijoux spécifiques qui structurent la haute couture de l’époque :

Le Collier de Chien (Choker)

Popularisé par la Reine Alexandra d’Angleterre, il habille le cou de rangs de perles ou de plaques de diamants montées sur ruban de velours, mettant en valeur le port de tête.

Reine Alexandra d'Angleterre
Reine Alexandra d’Angleterre
Reine Alexandra d'Angleterre
Reine Alexandra d’Angleterre

Le Devant de Corsage

Un bijou monumental, souvent en forme de nœud ou de cascade (le motif « en pampille »), qui se fixe au centre de la poitrine.

Broche de corsage Belle Epoque, vers 1900, diamants, The Illuminata Collection © L'ÉCOLE Van Cleef & Arpels, photo Picspark Co
Broche de corsage Belle Epoque, vers 1900, diamants, The Illuminata Collection © L’ÉCOLE Van Cleef & Arpels, photo Picspark Co

L’Aigrette et le Diadème

La coiffure étant très volumineuse (« chignon Pompadour »), on y pique des aigrettes ornées de plumes de héron ou des diadèmes aux motifs célestes (croissants de lune, étoiles) et floraux.

J.E. CALDWELL, diadème Belle Epoque, diamants. ©Elmwoods
J.E. CALDWELL, diadème Belle Epoque, diamants. ©Elmwoods
Princesse Astrid
Princesse Astrid
Cartier New York, ornement de tête, vers 1924, platine, or, diamants, plumes, Collection Cartier • © Marian Gérard / Cartier
Cartier New York, ornement de tête, vers 1924, platine, or, diamants, plumes, Collection Cartier • © Marian Gérard / Cartier

Perles et Diamants : Une Esthétique de la Blancheur

La Belle Époque est l’ère du « bijou blanc ». On recherche l’harmonie entre le platine, le diamant (souvent taillé en « taille ancienne » ou « rose ») et la perle fine.

La Perle Fine

À l’époque, elle est plus précieuse que le diamant. Les rangs de perles naturelles parfaitement calibrés sont le symbole ultime du statut social.

Cartier, collier Belle Epoque de style Guirlande, diamants et perles fines, Devant de corsage Belle Epoque, diamants et perles fines. ©inconnu
Cartier, collier Belle Epoque de style Guirlande, diamants et perles fines, Devant de corsage Belle Epoque, diamants et perles fines. ©inconnu
Devant de corsage Belle Epoque, diamants et perles fines. ©inconnu
Devant de corsage Belle Epoque, diamants et perles fines. ©inconnu
Cartier, broche et drapé d'épaule Belle Epoque, diamants et perles fines. ©inconnu
Cartier, broche et drapé d’épaule Belle Epoque, diamants et perles fines. ©inconnu

Thématiques Naturelles

Au-delà des guirlandes, on note un naturalisme noble : le lys, l’églantine, mais aussi une fascination pour le monde marin (algues stylisées et volutes d’écume) qui annonce, en filigrane, les courbes de l’Art Nouveau.

Diadème Belle Epoque de la Princesse Louise d'Orléans, ©Christie's
Diadème Belle Epoque de la Princesse Louise d’Orléans, ©Christie’s
Fabergé, diadème en diamant et aigues-marine, ayant appartenu à la grande-duchesse Alexandra de Mecklembourg-Schwerin, vers 1904, image © Christie's
Fabergé, diadème en diamant et aigues-marine, ayant appartenu à la grande-duchesse Alexandra de Mecklembourg-Schwerin, vers 1904, image © Christie’s

Note pour le collectionneur :

Un bijou Belle Époque se reconnaît à son revers. La finesse du travail de sciage du platine au dos de la pièce doit être aussi parfaite que l’endroit. C’est ce qu’on appelle la « mise à jour », permettant à la lumière de traverser chaque pierre avec une clarté cristalline.

Cartier, broche devant de corsage Belle Epoque, vers 1904, ©Sotheby's
Cartier, broche devant de corsage Belle Epoque, vers 1904, ©Sotheby’s
Cartier, revers broche devant de corsage Belle Epoque, vers 1904, ©Sotheby's
Cartier, revers broche devant de corsage Belle Epoque, vers 1904, ©Sotheby’s

6. L’Art Nouveau (1880 – 1914) : la métamorphose du bijou

Si la Belle Époque est l’apogée du classicisme technique, l’Art Nouveau est une révolution intellectuelle. Comme le souligne l’exposition phare de L’École des Arts Joailliers, le bijou n’est plus un simple accessoire de statut, mais le lieu d’une « métamorphose » où les frontières entre les arts s’effacent.

La Joaillerie comme « Art Total » : Lalique, Fouquet, Vever

Trois noms dominent cette ère de rupture, chacun apportant une vision où le dessin prime sur la valeur intrinsèque des pierres :

René Lalique :

Le « père du bijou moderne ». Il ose utiliser la corne, l’ivoire et le verre, les mêlant à l’or pour créer des pièces sculpturales. Pour lui, une plaque de cou en émail a plus de valeur qu’une rivière de diamants si l’émotion y est.

Georges Fouquet :

Visionnaire, il comprend que le bijou doit s’intégrer au corps et au vêtement. Sa collaboration avec Alphonse Mucha (notamment pour le célèbre bracelet-serpent de Sarah Bernhardt) marque l’union sacrée entre les arts graphiques et l’orfèvrerie.

La Maison Vever :

Portée par Paul et Henri Vever, elle excelle dans le naturalisme poétique, avec des pièces comme le pendentif « Le Réveil », où l’ivoire et l’émail plique-à-jour capturent la fragilité de la vie

René Lalique, pendentif visage de femme Art Nouveau, cristal, argent, émail, or et perle baroque. Circa 1898-1900. © Collection René Lalique du Musée Calouste Gulbenkian
René Lalique, pendentif visage de femme Art Nouveau, cristal, argent, émail, or et perle baroque. Circa 1898-1900. © Collection René Lalique du Musée Calouste Gulbenkian
Georges Fouquet, broche or, aigue-marines et tourmalines vertes, vers 1901 ©Albion Art Jewellery Institute, Photo Tsuneharu Doi
Georges Fouquet, broche or, aigue-marines et tourmalines vertes, vers 1901 ©Albion Art Jewellery Institute, Photo Tsuneharu Doi
Maison Vever, pendentif Art nouveau Le Réveil, ivoire, or émaillé, perle baroque, diamants, vers 1900, © musée des Arts Décoratifs, Paris, photo Jean Tholance
Maison Vever, pendentif Art nouveau Le Réveil, ivoire, or émaillé, perle baroque, diamants, vers 1900, © musée des Arts Décoratifs, Paris, photo Jean Tholance

Un Dialogue avec l’Architecture : De la Ligne à la Structure

Il existe un parallèle fascinant entre un bijou Art Nouveau et les structures de Victor Horta ou d’Hector Guimard.

La Ligne Organique :

La « ligne coup de fouet », sinueuse et asymétrique, que l’on retrouve sur les balustrades de l’Hôtel Tassel à Bruxelles (Horta), dicte la forme des broches et des peignes. Le métal semble vivant, en pleine croissance.

La Structure Apparente :

Comme les architectes qui laissent deviner l’ossature de fer des bâtiments, les joailliers utilisent le métal pour dessiner les nervures d’une feuille ou les veines d’une aile d’insecte.

Victor Horta, balustrade Art Nouveau du musée Horta, Bruxelles
Victor Horta, balustrade Art Nouveau du musée Horta, Bruxelles
René Lalique, Plaque de Cou Sylphide Art nouveau, vers 1900, or, émail, diamants, ©Albion Art Institute. Photo Tsuneharu Doi
René Lalique, Plaque de Cou Sylphide Art nouveau, vers 1900, or, émail, diamants, ©Albion Art Institute. Photo Tsuneharu Doi

Prouesses Techniques : L’Alchimie du Feu

L’Art Nouveau est indissociable de la maîtrise de l’émail, utilisé non pas comme un simple décor, mais comme une matière de lumière :

L’Émail Plique-à-jour :

Technique reine de l’époque, elle consiste à suspendre l’émail dans des alvéoles sans fond. Le résultat ressemble à un vitrail miniature, permettant à la lumière de traverser le bijou, imitant à la perfection la transparence d’une aile de libellule.

L’Émail Ciselé et Satiné :

On joue sur les textures pour rendre le velouté d’un pétale ou la peau d’un reptile, une recherche de réalisme sensoriel inédite.


René Lalique, Plaque de Cou Sylphide Art nouveau en transparence, vers 1900, or, émail, diamants, ©Albion Art Institute. Photo Tsuneharu Doi.jpg
René Lalique, Plaque de Cou Sylphide Art nouveau en transparence, vers 1900, or, émail, diamants, ©Albion Art Institute. Photo Tsuneharu Doi.jpg

Thématiques : Natures Féériques et Abstractions

Le répertoire s’éloigne de la rose domestiquée pour explorer :

Le Bestiaire de l’Étrange :

Libellules, chauves-souris, paons et serpents. On cherche la beauté dans le sauvage et le mystérieux.

La Femme-Métamorphose :

Inspirée par les affiches de Mucha, la femme est représentée comme une nymphe, une sirène ou une fée, dont les cheveux se transforment en lianes infinies.

L’Abstraction Naissante :

Vers 1910, comme le montre le parcours de l’exposition Van Cleef & Arpels, les motifs se stylisent. Les courbes se simplifient, annonçant déjà les prémices de la géométrie Art Déco.

René Lalique, Broche aux quatre libellules, émail, or, aigue-marines vers 1903-1904, musée des beaux-arts de Quimper ©Luc Robin
René Lalique, Broche aux quatre libellules, émail, or, aigue-marines vers 1903-1904, musée des beaux-arts de Quimper ©Luc Robin
Georges Fouquet, Pendentif Nymphe des mers, Or, mosaïque d'opales, émail et diamants, Vers 1900-1905. Tokyo, ©Collection Albion Art Institute. Photo Tsuneharu Doi
Georges Fouquet, Pendentif Nymphe des mers, Or, mosaïque d’opales, émail et diamants, Vers 1900-1905. Tokyo, ©Collection Albion Art Institute. Photo Tsuneharu Doi
René Lalique Ornement de corsage Art Nouveau Femme Libellule en Or, Email, Chrysoprase, Pierres de Lune et Diamants, vers 1897-98, ©Calouste Gulbenkian Fondation, Lisbonne
René Lalique Ornement de corsage Art Nouveau Femme Libellule en Or, Email, Chrysoprase, Pierres de Lune et Diamants, vers 1897-98, ©Calouste Gulbenkian Fondation, Lisbonne

Note pour le collectionneur :

Un bijou Art Nouveau est une « peinture de métal et de feu ». Observez la qualité de l’émail à contre-jour : il doit être d’une clarté cristalline, sans bulles. Ces pièces, souvent fragiles par nature (usage de la corne ou de l’ivoire), exigent une conservation méticuleuse à l’abri de l’humidité et des variations de température.


René Lalique, peigne muguet, ivoire, émail. ©musée des Arts Décoratifs Paris
René Lalique, peigne muguet, ivoire, émail. ©musée des Arts Décoratifs Paris

Ce guide et glossaire des bijoux anciens sera complété dans les semaines à venir avec les époques suivantes : Art Nouveau, Art Déco, années 1940, années 1950, années 1960 et 1970.

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    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « La broche trembleuse : histoire et secret d’un bijou qui vibre » ACDLR, publié le 13 août 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/la-broche-trembleuse/

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    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « L’épopée du camée : de l’Antiquité à nos jours » ACDLR, publié le 9 juillet 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/camee-de-lantiquite-a-nos-jours/

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    Jusqu’au début du XXe siècle, les perles évoquaient uniquement des trésors naturels, rares et précieux : les perles fines. Aujourd’hui, les perles de culture sont venues bouleverser ce mythe. Quelle est la différence entre ces deux types de perles, et que symbolisent-elles réellement ? De l’ornement des rois d’autrefois aux bijoux des icônes modernes, les perles ont toujours fasciné par leur élégance intemporelle.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « Les perles fines : un trésor de la nature » ACDLR, publié le 12 septembre 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/perles-fines/

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    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « Voyage au cœur des trésors et bijoux russes : un pendentif paon » ACDLR, publié le 28 mai 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/voyage-au-coeur-des-bijoux-russes/

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    La vinaigrette naît à la Renaissance, lorsque les orfèvres miniaturisent le pomander. Elle est conçue pour répondre à un besoin pratique au XVIIIᵉ siècle : face aux évanouissements des dames causés par les corsets serrés, il fallait une senteur vive. Compacte, elle renferme une éponge imbibée de vinaigre aromatique (souvent à la lavande). Un couvercle finement perforé diffuse le parfum, permettant à la personne d’ouvrir le bijou, de respirer, et de reprendre ses esprits. Rapidement, la fonctionnalité se double d’esthétique, avec des artisans ciselant l’or, l’argent ou le vermeil pour créer des formes variées : coffrets, bagues, bracelets ou breloques de châtelaine.
    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « La vinaigrette ou les secrets parfumés… de la joaillerie. » ACDLR, publié le 9 juin 2025. Disponible sur : https://acdlr.fr/la-vinaigrette-secret-parfume-de-la-joaillerie/

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    Anne-Charlotte de la Roche (ACDLR). « Bijoux Renaissance vs Néo-Renaissance : vrai / faux? » ACDLR, publié le 24 septembre 2024. Disponible sur : https://acdlr.fr/bijoux-renaissance-neorenaissance/